Droits civils et politiques en Espagne: Anna Gabriel à Lausanne

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Depuis le référendum d’autodétermination d’octobre 2017, certains responsables politiques catalans ont fui l’Espagne vers l’Europe. Le mois passé, Carles Puigdemont lui-même a été appréhendé par la justice allemande à la frontière danoise. Certains de ces responsables risquent jusqu’à 30 ans de prison pour trahison et rébellion. Anna Gabriel, ancienne députée au parlement Catalan a, elle, choisi la Suisse pour fuir la justice espagnole. Invitée par le Comité Sciences Politiques(COSPOL) à l’université de Lausanne, elle a donné une conférence sur les droits civils et politiques en Espagne, ainsi que sur la situation actuelle de la Catalogne. Retour sur cette conférence, où L’article.ch a pu rencontrer brièvement la députée catalane.

Photos: Théophile Bloudanis 2018

Conférence dans un contexte tendu.

La conférence s’est déroulée à l’Amphimax de l’Université de Lausanne le jeudi 19 avril 2018, organisée par le Comité Sciences Politiques (COSPOL). Dans un contexte encore tendu entre l’Espagne, la Catalogne et les représentants politiques exilés, peu de médias ont été invités. Selon les mots du médiateur de la conférence, Juan Gasparini, journaliste et correspondant de presse à l’ONU, la conférence devait être une discussion académique autour de la question catalane et espagnole, et non une tribune politique.

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Switzerland / Lausanne / Apr. 19, 2018.

Aux côtés d’Anna Gabriel, Mathieu Crettenand, venu de l’Université de Genève et expert sur les différents mouvements indépendantistes espagnols, notamment sur la question Basque. Cette conférence, pour reprendre les mots de Juan Gasparini, n’avait pas un but partisan en ce qui concerne la Catalogne. Elle a été organisée par et pour les étudiants, soit dans l’idée d’un débat académique qui visait l’analyse d’un parcours de vie. La présence, bien que très discrète, d’opposants et de médias hostiles à l’indépendance, atteste aisément de ce but.

La situation en Catalogne s’est envenimée alors que les partis indépendantistes ont organisé un référendum d’autodétermination le 1er octobre 2017. Celui-ci est considéré comme illégal par le gouvernement espagnol et envoie la Guardia Civil (gendarmerie) prendre les urnes. S’ensuivent des échauffourées entre police et personnes venues voter. Les conséquences de cette journée sont la destitution du gouvernement catalan et l’inculpation des principaux politiciens catalans, notamment Carles Puigdemont qui, à ce moment, fuit en Belgique pour échapper à la justice espagnole. Anna Gabriel se réfugie en Suisse en février 2018, quelques jours avant la date où elle devait se présenter devant le juge.

Sa volonté de continuer.

« Je suis partie à la recherche de justice » confie Anna Gabriel. Elle considère que la procédure judiciaire à l’encontre des politiciens catalans est hors du droit, du moment qu’elle s’attaque également à des personnes liées à la société civile. « On est convaincu d’être déjà condamnés. Les tribunaux en Espagne sont actuellement très liés à l’exécutif en place et donc, ils n’ont aucune impartialité » dit-elle. Ce manque de transparence et de neutralité judiciaire l’a poussée à quitter son pays.

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Switzerland / Lausanne / Apr. 19, 2018. Anna Gabriel at the Geopolis building of the University of Lausanne.

Anna Gabriel a choisi la Suisse comme refuge car elle considère qu’il faut chercher du soutien dans un pays qui respecte la démocratie et qui est surtout habitué à voter : « Ce pays est en accord avec son système et sur la démocratie. Les gens votent tout le temps ! Et ce n’est pas quelque chose qui est poursuivi au niveau pénal. En Catalogne, une majorité de la population considère que ce droit au référendum est nécessaire pour l’autodétermination, et en Suisse, je peux trouver des gens qui vont le comprendre ». Rappelons pourtant que, bien que le « oui » a remporté le référendum à 90%, seul 42% des votants se sont rendus aux urnes.

Enfin, ce qui serait désirable selon elle, serait que l’état Espagnol arrête les « persécutions » : « Ce ne sont pas seulement quelques élus qui sont poursuivis mais en ce moment, ce sont plus de 700 maires qui sont en procédure ainsi que des gens qui sont allés voter le 1er octobre… La meilleure chose serait que l’Espagne arrête cette répression d’abord ». L’indépendantiste insiste également sur le fait que le gouvernement se rende compte qu’il y a un conflit au sein de l’Etat et qu’il est nécessaire de le résoudre par les discussions, et non par la violence. « C’est la volonté populaire qui décidera vraiment. Si une majorité de la population est favorable à l’indépendance, je ne vois pas pourquoi le gouvernement espagnol s’accroche autant à l’unité, comme si c’était une valeur sacrée et immobile ! » confie-t-elle.

Combat politique et combat civique.

Pendant la conférence, une multitude de sujets liés à la situation catalane et l’histoire espagnole sont abordés. Anna Gabriel soutient que c’est en respectant la démocratie et la volonté populaire catalane qu’on arrivera à résoudre l’impasse politique et juridique actuelle. Moment intéressant pendant son exposé : elle a longuement abordé le sujet de la Constitution de 1978, soit le document rédigé juste après la mort du dictateur Franco. Elle accuse à ce propos l’actuel système espagnol comme n’étant pas démocratique à la base même, soit depuis la fin de la dictature.

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Switzerland / Lausanne / Apr. 19, 2018.

Et Mathieu Crettenand d’ajouter que c’est effectivement une impasse : la Constitution de 1978, même si elle a donné une certaine autonomie aux régions (notamment Basques et Catalanes) n’a pas satisfait la volonté historique de régions qui réclamaient plus d’autonomie, voire l’indépendance. Le gouvernement actuel, comme presque tous les précédents, reste hostile à une autodétermination catalane, ce qui rend, pour les deux conférenciers, l’avenir incertain.

D’un côté, il y a le combat politique des députés et ministres catalans indépendantistes, comme souligné pendant la conférence. De l’autre, il y a ce combat civique, également mis en avant par Anna Gabriel. Pour elle, la nouvelle république Catalane serait « ouverte à tous, égalitaire et démocratique ». Pour certains militants (et politiciens) Suisses présents dans la salle, c’est surtout de cela dont il s’agit : non seulement la situation catalane est un combat politique, mais également social, qui « permettrait d’établir de nouvelles bases sociales et économiques ». Pour quelqu’un qui a étudié l’histoire espagnole, il est difficile de ne pas se rappeler les âpres débats entre républicains et militants anarchistes et de gauche après la guerre civile (1936-1939). Les républicains soutenaient qu’il fallait gagner la guerre avant de changer le système, alors que les militants affirmaient qu’ils devaient, en même temps, commencer la révolution prolétarienne et changer le système. Aujourd’hui, dans un autre contexte, l’avenir nous dira de ce qu’il se passera en Catalogne.

©TheBlue/Théophile Bloudanis 2018

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